Introduction à l'Histoire de la Famille Angibaud de la Morinière 1530-1730
Au cœur du Marais breton, durant les Guerres de Vendée, la famille Angibaud de la Morinière connut un destin tragique, pour avoir pris activement parti contre la Révolution. Les frères François et Prosper Angibaud, parmi les premiers chefs royalistes du Marais, furent arrêtés par les troupes républicaines et guillotinés dès avril 1793. Leurs sœurs, Jeanne et Marie Angibaud, accusées d'avoir soutenu les 'brigands' de la Vendée, furent fusillées au printemps 1794. Seuls leurs frères cadets, Jean-Marie et André Angibaud, dont les rôles pendant la guerre demeurent plus ambigus, survécurent aux événements. Tous deux finirent par se rallier aux 'patriotes', assurant ainsi leur survie dans un contexte politique instable.
Cette famille Angibaud de la Morinière est peu mentionnée par les historiens de la Révolution, et comme le notait déjà Julien Rousseau en 19561, « à peine certains, parce que la signature de l'un d'eux figure au dos d'un billet autographe de Charette2, les signalent-ils sans les identifier ». Seul Julien Rousseau, érudit local, s'est intéressé à cette famille. Il lui consacra un article dans la Revue du Souvenir Vendéen, ainsi que plusieurs mentions dans ses travaux sur Beauvoir-sur-Mer et dans la Revue du Bas-Poitou. Ses travaux constituent une base précieuse pour tous ceux qui s'intéressent à Beauvoir-sur-Mer et ses familles, cependant ils restent imparfaits, datés et parfois teintés d'idéologie conservatrice. Ainsi, il notait d'ailleurs avec amertume à propos des descendants de cette famille Angibaud de la Morinière que « [ceux-ci] sont totalement indifférents ou étrangers aussi bien aux fastes anciens de leur race qu'à leurs traditions ancestrales ».
Cet article est le fruit de plusieurs années de recherches, visant à actualiser les travaux du Docteur Rousseau, et probablement à corriger certaines généalogies publiées sur internet. L'histoire de la famille Angibaud de la Morinière est marquée par trois siècles d'ancrage régional, une certaine mobilité sociale et un destin brutalement interrompu par la Révolution.
Peu étudiée jusqu'ici, elle mérite une approche renouvelée, dépassant les idées reçues et s'appuyant sur une recherche historique rigoureuse. Cet article vise donc à reconstruire son parcours, depuis ses origines médiévales jusqu'à sa disparition en tant que lignée notable, en passant par son rôle actif dans les Guerres de Vendée. S'il s'intéresse particulièrement au destin de la famille pendant la Révolution, il ne se limite pas à cette seule période. Il remonte aux origines de la famille, couvrant environ trois siècles d'histoire, du début du XVIᵉ au début du XIXᵉ siècle. Par souci de clarté, cette étude ne prétend pas à l'exhaustivité. Elle se concentre sur les éléments les plus significatifs, laissant de côté certains détails anecdotiques pour privilégier une approche historique plus structurée et accessible.
Le Patronyme Angibaud : Origines et Signification
Une Étymologie Religieuse Plutôt que Guerrière
Certains ont suggéré une origine germanique au nom Angibaud et ses variantes, pour laquelle le Ange serait probablement un héritier de Angles (peuple germanique) ou bien signifierait « pointe de l'épée »2. Cependant, cette hypothèse est peu convaincante, car le nom, relativement rare est avant 1800 très localisé et se retrouve principalement dans l'Ouest de la France. Partagé principalement entre le sud-ouest de la Loire-Atlantique, la Vendée, et Charente-Maritime3, une région majoritairement influencée par la culture latine et bien loin des Angles. En s'appuyant sur les travaux linguistiques de Frédéric Godefroy (Dictionnaire de l'ancienne langue française) et d'Émile Ferrière (Étymologie de quatre cents prénoms usités en France), on peut proposer une autre interprétation :
Étymologie latine
Angil / Engel proviendrait du latin « Angelus » = ange.
Signification
Balt / Baud signifierait joyeux, brave, heureux, en ancien français (on retrouve cette racine dans le verbe aujourd'hui vieilli « s'ébaudir », qui signifie se réjouir)4.
Ainsi, Angibaud pourrait signifier « Ange joyeux » ou « Ange heureux ». Cette hypothèse est renforcée par l'usage de l'ange comme symbole dans plusieurs blasons portés par des familles Angibaud : au XVIIᵉ siècle, Un chanoine Angibaud ou Angebaud, à Notre-Dame de Nantes, portait De sinople à une tête d'ange d'argent, et Charles Angibaud, apothicaire royal d'origine saintongeaise, faisait également figurer un ange sur ses armoiries5.
Un Nom Issu d'un Ancien Prénom
Avant d'être un nom de famille, Angibaud était d'abord un prénom, prénom qui semble avoir connu une « mode » autour des Xe-XIIe siècles, et il en existe plusieurs variantes : Angibaut, Angibault, Angebaud, etc... On en retrouve des formes anciennes en latin, telles que Ingelbaldus (aussi Ingelbaudus) ou Engelbaudus et ses variantes.
Dans l'ensemble du Bas-Poitou, on retrouve ce prénom parmi les petits seigneurs et religieux les premiers apparaissent dans les premières chartes conservées de Talmont-Saint-Hilaire, de Sigournais et des alentours vers 1050. Dans le cartulaire de l'abbaye Sainte-Croix de Talmont aux XIᵉ-XIIᵉ siècles on retrouve un florilège de plusieurs Ingelbaudus, Engelbaudus Busaens, Engelbaudus Meschinot, Engelbaudus Benasto, Engelbaudo Grimonii6. Ce prénom tombera en désuétude et reste en tant que nom de famille, le père transmettant son prénom au fils comme nom, à l'exemple de Garinum filium Engelbaldi appelé aussi Garinus Engelbaudi7.
La toponymie proche de cette étude permet d'attester ce nom de famille à des période ancienne ; sur l'ile de Noirmoutier un certain Americus Engibaudi et son oncle Pierre Burelli sont co-arbitres d'un désaccord entre le prieur et l'abbé commanditaire de l'abbaye Notre-Dame-la-Blanche en 1249, et parmi les biens cités dans la même charte il est fait mention du marais Angibaud : « maresium d'Engibaud ». Ce marais est vraisemblablement plus ancien car l'hostel Angibaud (et ses terres) aurait été donné aux religieux le mois de la fondation de l'abbaye de la Blanche en 12058. Enfin, tout proche de notre étude, le Fief-Angibaud, à Saint-Gervais, est documenté est dès 14489.
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1520-1620 : Michel Angibaud et la Lignée des Angibaud de la Morinière
Michel Angibaud
La lignée Angibaud de la Morinière est issue de Michel Angibaud, mieux documenté dans les registres paroissiaux, entre 1538 et 1564 il est le parrain d'au moins 10 enfants, et il est décédé avant juin 1572. Il pourrait avoir un lien de parenté avec Marie Angibaud précédemment citée et à fortiori avec Laurent Angibaud, car Michel est d'abord mentionné en 1538 comme parrain de Jean Guibert, fils de Jean Guibert et Marie Angibaud.
Pour en revenir à Michel Angibaud (parfois nommé Micheau) et Marie Chauvet se sont mariés entre 1542 et 1547, car en 1542 Michel est encore signalé comme célibataire « inuptus », mais en 1547, il est explicitement nommé comme époux de Marie Chauvet14. Les Chauvet sont aussi une vieille famille de Challans, dans un acte de en 1559 par lequel ils cèdent deux pièces de terres à la fabrique de Challans Alain Chauvet (probablement le même Maitre Allain Chauvet qui vivait en 1545-1562) habitait au bourg de Challans, Guillaume Chauvet demeure à la Morinière, et Pierre Chauvet demeurant à Saint-Denis-la-Chevasse, ces deux derniers vivait en 1552-1559. Tous sont probablement frères et suggère donc que l'un des Chauvet est déjà installé à la Morinière que l'union entre les familles Chauvet et Angibaud pourrait être à l'origine de l'installation des Angibaud à la Morinière, mais l'inverse est tout aussi possible15.
En 1572, Marie Chauvet veuve de Michel Angibaud, rend hommage à la baronnie de Commequiers pour des terres à Challans, probablement pour des terres à la Morinière au nom de ces enfants. Puis, en 1578, possiblement après la mort de leur mère, Jehan Angibaud, Guillaume Angibaud et Marie Angibaud rendent hommage vraisemblablement pour la même terre. Ce qui est certain c'est qu'en 1595, dans son aveu du fief de Villates (fief voisin de la terre de la Morinière) le Seigneur de la Vergne mentionne trois journaux ou environ et une charrue qui touche le chemin qui même à la Morinière et la terre des Angibauds16. Sans plus d'informations difficile de connaitre l'étendue de ces terres mais le quartier de la Morinière, est un petit village, tout au plus une dizaine de maisons, et à partir du cadastre environ 7 à 8 hectares.
I.b Michel Angibaud et la Lignée des Angibaud de la Morinière
La lignée Angibaud de la Morinière est issue du couple Michel Angibaud et Marie Chauvet marié après 1542. Quatre enfants de ce couple ont pu être identifiés même si aucun des actes baptêmes de ces enfants ne sont présent dans les registres paroissiaux de Challans. Ils sont très lacunaires pour les années 1540-1550, période durant laquelle certains mois voire années sont manquantes des registres. Seule Marguerite Angibaud, dont les liens sont évidents dans les registres paroissiaux avec Guillaume Angibaud, est explicitement nommée en 1566 et 1570 dans les registres paroissiaux comme étant la fille de Michel Angibaud. Les autres enfants ont pu être identifiés grâce aux titres de la baronnie de Commequiers17.
Les Enfants de Michel Angibaud et Marie Chauvet
- Jean Angibaud 1552-1581 - Probablement l'ainé des enfants. Il est qualifié de clerc en 1552, mais il ne faut pas ici voir un titre religieux. Ce mot à la fin du Moyen Age est plus ambigu car il peut désigner le lettré voire les étudiants, c'est probablement dans ce cadre que se place Jehan Angibaud18. Peu d'informations à son sujet on peut supposer que dans la lignée de Michel Angibaud « marchands-laboureurs » ou gros fermier, Probablement lui qui l'époux de peut-être l'époux de Gillette Guilbaud marié avant 1563, il décède après 158119. Ils ont au moins quatre enfants entre 1563 et 158120.
- Marie Angibaud - Est nommé comme veuve de Jacques Vincendeau en 1578. Sur Marie Angibaud on dispose encore moins de mentions que pour Jehan Angibaud. Parmi les membres de la famille Vincendeau, on trouve dans la paroisse de Challans maître André Vincendeau vivait en 1559-1564, demeurant au bourg de Challans comme fabriqueur et procureur syndic de l'église. Vivait aussi Jehan Vincendeau clerc en 1540, c'est peut-être le même Jehan, fils de feu Jehan Vincendeau en son vivant sergent du baillage de Beauvoir-sur-Mer, qui en mars 1544 rend hommage à la vicomté de Thouars pour la sergenterie de Beauvoir-sur-Mer21.
- Marguerite Angibaud 1553-1620 - Elle épouse vers 1572 Jehan Pellissoneau (ou Plissonneau), maître chirurgien. Un Pierre Pellissoneau, aussi chirurgien qui habitant de Beauvoir-sur-Mer fut nommé en 1588. Pierre Pellissoneau notaire et sergent de la Baronnie de Commequiers, vivait en 1603-1625. Jacques Pellissoneau prêtre demeurant à Saint-Gervais en 1630. Marguerite Angibaud devenue veuve épouse avant 1606 en secondes noces Jehan Pacault, également chirurgien, il décède en septembre 1619 et est inhumé dans l'église de Challans2223. Elle est inhumé en mars 1620 dans l'église Challans. Le couple eu au moins 8 enfants entre 1574 et 159324.
- Guillaume Angibaud vers 1550-1604 - Notaire de la baronnie de Commequiers-les-Challans, clercs en 1565 (c'est-à-dire étudiant) il fut notaire de la baronnie de Commequiers au moins de de 1578 à 1601, aucun des actes de sa main ne nous ai malheureusement parvenus27. Il décéda en mai 160428.
Les Mariages de Guillaume Angibaud
Enfants de Guillaume Angibaud et Mathurine Gendron
- Guillaume Angibaud II 1586-† avant 1649 - En 1586, Mr Nicolas Proust et Luc Chotard furent parrain, Marie Pellissonneau (cousine de l'enfant) « pour lors jeune fille a marier » fut sa marraine32.
- Marie Angibaud - Au vu des dates de naissances de ces derniers enfants il est peu probable qu'il s'agisse de Marie Angibaud née en 1577, mais elle serait vraisemblablement née de Mathurine Gendron vers 1590 ou après. Elle s'installa à Beauvoir-sur-Mer et épousa Jacques Pappin, ce dernier décède en 1641, d'où au moins quatre enfants : Pierre Pappin marchand marié en 1641 avec Marie Brun puis avec Louise Gaborit originaire de l'île de Noirmoutier en 1654, et Jacques Pappin qui épousa Germaine Bodard en 1646, ainsi que deux autres enfants probablement décédés en bas-âge33.
- Mathurin Angibaud - Inhumation 26/10/1605 de fils de défunt Guillaume Angibaud de la morinière.
Conclusion sur la Famille Angibaud de Challans
La famille Angibaud de Challans apparaît comme une lignée solidement implantée dans la société locale du XVIᵉ siècle, si les relations demeurent incertaines, des connexions proches pourraient exister entre Jean Angibaud (1524), Jehan Angibaud, le vicaire de Challans, et plus particulièrement entre Laurent Angibaud, Marie Angibaud, et Michel Angibaud. Sans plus d'évidences cette famille pourrait appartenir à cette catégorie de fermiers aisés ou plutôt de marchands-laboureurs, petite « oligarchie rurale », Michel Angibaud et Marie Chauvet furent suffisamment riches, pour envoyer deux de leurs fils Jean et Guillaume, d'une éducation, pour le premier une éducation plus sommaire, pour le second une éducation plus poussée car Guillaume Angibaud qui fut notaire (ce qui n'exclut pas le commerce). En particulier dans cette première moitié du XVIème marquée par la mobilité sociale non fermée, ceux qui ne succèdent pas s'élèvent dans la marchandise ou les offices, membres actifs dans l'Église, mais ne pas oublier la terre à la Morinière.
La cohésion se renforce par des « intermariages » a l'exemple des mariages avec les familles, dont l'implantation est aussi sinon plus ancienne, tel que les Guybert ou Chauvet, Haigron, Vincendeau, Pellissoneau etc... et « une solidarité marchande et financières ».
A ce jour, de nombreux points restent obscure dans ce XVIe siècle ou peu de sources nous orientent, et les principales sources : les registres paroissiaux de Challans ainsi que le chartrier de Notre-Dame-de-Challans focale trop sur Challans des paroisses alentours, des liens avec les familles alentours, et peut être d'autres descendants de la famille. D'autres sources, des paroisses bordant Challans à l'ouest ont été explorés : les registres paroissiaux de Saint-Gervais des années 1520-1530 (seuls registres paroissiaux qui autour de Challans), les titres de la fabrique du Perrier, le Chartrier de la Garnache dont les fiefs s'arrêtent aux portes de Challans plus grande chance serait de redécouvrir pour partie le chartrier de Commequiers qui à ce jour à disparu baronnie de laquelle dépendait la majeure partie de la paroisse de Challans, la Morinière nous permettrait d'enfin connaitre la teneur des aveux de Marie Chauvet puis de ses enfants et probablement de découvrir d'autres possessions et l'histoire de cette famille34.
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1620-1720 : L'Âge d'Or
Cette section sera bientôt disponible. Nous travaillons actuellement à la compilation des données historiques.
En cours d'écriture
1720-1820 : La Révolution et Ses Conséquences
Cette section sera bientôt disponible. Nous travaillons actuellement à la compilation des données historiques.