Introduction à l'Histoire de la Famille Angibaud de la Morinière 1530-1730
Au cœur du Marais breton, durant les Guerres de Vendée, la famille Angibaud de la Morinière connut un destin tragique, pour avoir pris activement parti contre la Révolution. Les frères François et Prosper Angibaud, parmi les premiers chefs royalistes du Marais, furent arrêtés par les troupes républicaines et guillotinés dès avril 1793. Leurs sœurs, Jeanne et Marie Angibaud, accusées d'avoir soutenu les 'brigands' de la Vendée, furent fusillées au printemps 1794. Seuls leurs frères cadets, Jean-Marie et André Angibaud, dont les rôles pendant la guerre demeurent plus ambigus, survécurent aux événements. Tous deux finirent par se rallier aux 'patriotes', assurant ainsi leur survie dans un contexte politique instable.
Cette famille Angibaud de la Morinière est peu mentionnée par les historiens de la Révolution, et comme le notait déjà Julien Rousseau en 19561, « à peine certains, parce que la signature de l'un d'eux figure au dos d'un billet autographe de Charette2, les signalent-ils sans les identifier ». Seul Julien Rousseau, érudit local, s'est intéressé à cette famille. Il lui consacra un article dans la Revue du Souvenir Vendéen, ainsi que plusieurs mentions dans ses travaux sur Beauvoir-sur-Mer et dans la Revue du Bas-Poitou. Ses travaux constituent une base précieuse pour tous ceux qui s'intéressent à Beauvoir-sur-Mer et ses familles, cependant ils restent imparfaits, datés et parfois teintés d'idéologie conservatrice. Ainsi, il notait d'ailleurs avec amertume à propos des descendants de cette famille Angibaud de la Morinière que « [ceux-ci] sont totalement indifférents ou étrangers aussi bien aux fastes anciens de leur race qu'à leurs traditions ancestrales ».
Cet article est le fruit de plusieurs années de recherches, visant à actualiser les travaux du Docteur Rousseau, et probablement à corriger certaines généalogies publiées sur internet. L'histoire de la famille Angibaud de la Morinière est marquée par trois siècles d'ancrage régional, une certaine mobilité sociale et un destin brutalement interrompu par la Révolution.
Peu étudiée jusqu'ici, elle mérite une approche renouvelée, dépassant les idées reçues et s'appuyant sur une recherche historique rigoureuse. Cet article vise donc à reconstruire son parcours, depuis ses origines médiévales jusqu'à sa disparition en tant que lignée notable, en passant par son rôle actif dans les Guerres de Vendée. S'il s'intéresse particulièrement au destin de la famille pendant la Révolution, il ne se limite pas à cette seule période. Il remonte aux origines de la famille, couvrant environ trois siècles d'histoire, du début du XVIᵉ au début du XIXᵉ siècle. Par souci de clarté, cette étude ne prétend pas à l'exhaustivité. Elle se concentre sur les éléments les plus significatifs, laissant de côté certains détails anecdotiques pour privilégier une approche historique plus structurée et accessible.
Le Patronyme Angibaud : Origines et Signification
Une Étymologie Religieuse Plutôt que Guerrière
Certains ont suggéré une origine germanique au nom Angibaud et ses variantes, pour laquelle l'Ange serait probablement un héritier des Angles (peuple germanique) ou bien signifierait « pointe de l'épée »2. Cependant, cette hypothèse est peu convaincante, car le nom, relativement rare, est avant 1800 très localisé et se retrouve principalement dans l'Ouest de la France. Partagé principalement entre le sud-ouest de la Loire-Atlantique, la Vendée, et Charente-Maritime3, une région majoritairement influencée par la culture latine et bien loin des Angles. En s'appuyant sur les travaux linguistiques de Frédéric Godefroy (Dictionnaire de l'ancienne langue française) et d'Émile Ferrière (Étymologie de quatre cents prénoms usités en France), on peut proposer une autre interprétation :
Étymologie latine
Angil / Engel proviendrait du latin « Angelus » = ange.
Signification
Balt / Baud signifierait joyeux, brave, heureux, en ancien français (on retrouve cette racine dans le verbe aujourd'hui vieilli « s'ébaudir », qui signifie se réjouir)4.
Ainsi, Angibaud pourrait signifier « Ange joyeux » ou « Ange heureux ». Cette hypothèse est renforcée par l'usage de l'ange comme symbole dans plusieurs blasons portés par des familles Angibaud : au XVIIᵉ siècle, un chanoine Angibaud ou Angebaud, à Notre-Dame de Nantes, portait De sinople à une tête d'ange d'argent, et Charles Angibaud, apothicaire royal d'origine saintongeaise, faisait également figurer un ange sur ses armoiries5.
Un Nom Issu d'un Ancien Prénom
Avant d'être un nom de famille, Angibaud était d'abord un prénom, prénom qui semble avoir connu une « mode » autour des Xe-XIIe siècles, et il en existe plusieurs variantes : Angibaut, Angibault, Angebaud, etc. On en retrouve des formes anciennes en latin, telles que Ingelbaldus (aussi Ingelbaudus) ou Engelbaudus et ses variantes.
Dans l'ensemble du Bas-Poitou, on retrouve ce prénom parmi les petits seigneurs et religieux ; les premiers apparaissent dans les premières chartes conservées de Talmont-Saint-Hilaire, de Sigournais et des alentours vers 1050. Dans le cartulaire de l'abbaye Sainte-Croix de Talmont aux XIᵉ-XIIᵉ siècles on retrouve un florilège de plusieurs Ingelbaudus, Engelbaudus Busaens, Engelbaudus Meschinot, Engelbaudus Benasto, Engelbaudo Grimonii6. Ce prénom tomba en désuétude et resta en tant que nom de famille, le père transmettant son prénom au fils comme nom, à l'exemple de Garinum filium Engelbaldi appelé aussi Garinus Engelbaudi7.
La toponymie proche de cette étude permet d'attester ce nom de famille à des périodes anciennes ; sur l'île de Noirmoutier un certain Americus Engibaudi et son oncle Pierre Burelli sont co-arbitres d'un désaccord entre le prieur et l'abbé commanditaire de l'abbaye Notre-Dame-la-Blanche en 1249, et parmi les biens cités dans la même charte il est fait mention du marais Angibaud : « maresium d'Engibaud ». Ce marais est vraisemblablement plus ancien car l'hostel Angibaud (et ses terres) aurait été donné aux religieux le mois de la fondation de l'abbaye de la Blanche en 12058. Enfin, tout proche de notre étude, le Fief-Angibaud, à Saint-Gervais, est documenté dès 14489.
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1520-1620 : Michel Angibaud et la Lignée des Angibaud de la Morinière
Michel Angibaud
La lignée Angibaud de la Morinière est issue de Michel Angibaud, mieux documenté dans les registres paroissiaux, entre 1538 et 1564, il est le parrain d'au moins 10 enfants, et il est décédé avant juin 1572. Il pourrait avoir un lien de parenté avec Marie Angibaud précédemment citée et à fortiori avec Laurent Angibaud, car Michel est d'abord mentionné en 1538 comme parrain de Jean Guibert, fils de Jean Guibert et Marie Angibaud.
Pour en revenir à Michel Angibaud (parfois nommé Micheau), lui et Marie Chauvet se sont mariés entre 1542 et 1547, car en 1542 Michel est encore signalé comme célibataire « inuptus », mais en 1547, il est explicitement nommé comme époux de Marie Chauvet14. Les Chauvet sont aussi une vieille famille de Challans, dans un acte de 1559 par lequel ils cèdent deux pièces de terres à la fabrique de Challans Alain Chauvet (probablement le même Maître Allain Chauvet qui vivait en 1545-1562) habitait au bourg de Challans, Guillaume Chauvet demeure à la Morinière, et Pierre Chauvet demeurant à Saint-Denis-la-Chevasse, ces deux derniers vivaient en 1552-1559. Tous sont probablement frères et suggèrent donc que l'un des Chauvet est déjà installé à la Morinière que l'union entre les familles Chauvet et Angibaud pourrait être à l'origine de l'installation des Angibaud à la Morinière, mais l'inverse est tout aussi possible15.
En 1572, Marie Chauvet veuve de Michel Angibaud, rend hommage à la baronnie de Commequiers pour des terres à Challans, probablement pour des terres à la Morinière au nom de ces enfants. Puis, en 1578, possiblement après la mort de leur mère, Jehan Angibaud, Guillaume Angibaud et Marie Angibaud rendent hommage vraisemblablement pour la même terre. Ce qui est certain c'est qu'en 1595, dans son aveu du fief de Villates (fief voisin de la terre de la Morinière) le Seigneur de la Vergne mentionne trois journaux ou environ et une charrue qui touche le chemin qui mène à la Morinière et la terre des Angibauds16. Sans plus d'informations difficile de connaître l'étendue de ces terres mais le quartier de la Morinière est un petit village, tout au plus une dizaine de maisons, et à partir du cadastre environ 7 à 8 hectares.
I.b Michel Angibaud et la Lignée des Angibaud de la Morinière
La lignée Angibaud de la Morinière est issue du couple Michel Angibaud et Marie Chauvet mariés après 1542. Quatre enfants de ce couple ont pu être identifiés même si aucun des actes de baptême de ces enfants n'est présent dans les registres paroissiaux de Challans. Ils sont très lacunaires pour les années 1540-1550, période durant laquelle certains mois voire années manquent dans les registres. Seule Marguerite Angibaud, dont les liens sont évidents dans les registres paroissiaux avec Guillaume Angibaud, est explicitement nommée en 1566 et 1570 dans les registres paroissiaux comme étant la fille de Michel Angibaud. Les autres enfants ont pu être identifiés grâce aux titres de la baronnie de Commequiers17.
Les Enfants de Michel Angibaud et Marie Chauvet
- Jean Angibaud 1552-1581 - Probablement l'aîné des enfants. Il est qualifié de clerc en 1552, mais il ne faut pas ici voir un titre religieux. Ce mot, à la fin du Moyen Âge, est plus ambigu car il peut désigner le lettré voire les étudiants, c'est probablement dans ce cadre que se place Jehan Angibaud18. Peu d'informations à son sujet ; on peut supposer que dans la lignée de Michel Angibaud « marchands-laboureurs » ou gros fermier, probablement l'époux de Gillette Guilbaud, marié avant 1563, il décède après 158119. Ils ont au moins quatre enfants entre 1563 et 158120.
- Marie Angibaud - Est nommée comme veuve de Jacques Vincendeau en 1578. Sur Marie Angibaud on dispose encore moins de mentions que pour Jehan Angibaud. Parmi les membres de la famille Vincendeau, on trouve dans la paroisse de Challans maître André Vincendeau qui vivait en 1559-1564, demeurant au bourg de Challans comme fabriqueur et procureur syndic de l'église. Vivait aussi Jehan Vincendeau clerc en 1540, c'est peut-être le même Jehan, fils de feu Jehan Vincendeau en son vivant sergent du baillage de Beauvoir-sur-Mer, qui en mars 1544 rend hommage à la vicomté de Thouars pour la sergenterie de Beauvoir-sur-Mer21.
- Marguerite Angibaud 1553-1620 - Elle épouse vers 1572 Jehan Pellissoneau (ou Plissonneau), maître chirurgien. Un Pierre Pellissoneau, aussi chirurgien, habitant de Beauvoir-sur-Mer, fut nommé en 1588. Pierre Pellissoneau notaire et sergent de la Baronnie de Commequiers, vivait en 1603-1625. Jacques Pellissoneau prêtre demeurant à Saint-Gervais en 1630. Marguerite Angibaud devenue veuve épouse avant 1606 en secondes noces Jehan Pacault, également chirurgien, il décède en septembre 1619 et est inhumé dans l'église de Challans2223. Elle est inhumée en mars 1620 dans l'église de Challans. Le couple a eu au moins 8 enfants entre 1574 et 159324.
- Guillaume Angibaud vers 1550-1604 - Notaire de la baronnie de Commequiers-les-Challans, clerc en 1565 (c'est-à-dire étudiant) il fut notaire de la baronnie de Commequiers au moins de 1578 à 1601, aucun des actes de sa main ne nous est malheureusement parvenu27. Il décéda en mai 160428.
Les Mariages de Guillaume Angibaud
Enfants de Guillaume Angibaud et Mathurine Gendron
- Guillaume Angibaud II 1586-† avant 1649 - En 1586, Mr Nicolas Proust et Luc Chotard furent parrains, Marie Pellissonneau (cousine de l'enfant) « pour lors jeune fille à marier » fut sa marraine32.
- Marie Angibaud - Au vu des dates de naissances de ces derniers enfants il est peu probable qu'il s'agisse de Marie Angibaud née en 1577, mais elle serait vraisemblablement née de Mathurine Gendron vers 1590 ou après. Elle s'installa à Beauvoir-sur-Mer et épousa Jacques Pappin, ce dernier décède en 1641, d'où au moins quatre enfants : Pierre Pappin marchand marié en 1641 avec Marie Brun puis avec Louise Gaborit originaire de l'île de Noirmoutier en 1654, et Jacques Pappin qui épousa Germaine Bodard en 1646, ainsi que deux autres enfants probablement décédés en bas-âge33.
- Mathurin Angibaud - Inhumation 26/10/1605 du fils du défunt Guillaume Angibaud de la Morinière.
Conclusion sur la Famille Angibaud de Challans
La famille Angibaud de Challans apparaît comme une lignée solidement implantée dans la société locale du XVIᵉ siècle, si les relations demeurent incertaines, des connexions proches pourraient exister entre Jean Angibaud (1524), Jehan Angibaud, le vicaire de Challans, et plus particulièrement entre Laurent Angibaud, Marie Angibaud, et Michel Angibaud. Sans plus d'évidences cette famille pourrait appartenir à cette catégorie de fermiers aisés ou plutôt de marchands-laboureurs, petite « oligarchie rurale », Michel Angibaud et Marie Chauvet furent suffisamment riches pour envoyer deux de leurs fils Jean et Guillaume à une éducation, pour le premier une éducation plus sommaire, pour le second une éducation plus poussée car Guillaume Angibaud qui fut notaire (ce qui n'exclut pas le commerce). En particulier dans cette première moitié du XVIᵉ siècle marquée par la mobilité sociale non fermée, ceux qui ne succèdent pas s'élèvent dans la marchandise ou les offices, membres actifs dans l'Église, mais il ne faut pas oublier la terre à la Morinière.
La cohésion se renforce par des « intermariages » à l'exemple des mariages avec les familles, dont l'implantation est aussi sinon plus ancienne, telles que les Guybert ou Chauvet, Haigron, Vincendeau, Pellissoneau etc. et « une solidarité marchande et financière ».
À ce jour, de nombreux points restent obscurs dans ce XVIe siècle où peu de sources nous orientent, et les principales sources : les registres paroissiaux de Challans ainsi que le chartrier de Notre-Dame-de-Challans focalisent trop sur Challans des paroisses alentours, des liens avec les familles alentours, et peut-être d'autres descendants de la famille. D'autres sources, des paroisses bordant Challans à l'ouest ont été explorées : les registres paroissiaux de Saint-Gervais des années 1520-1530 (seuls registres paroissiaux autour de Challans), les titres de la fabrique du Perrier, le Chartrier de la Garnache dont les fiefs s'arrêtent aux portes de Challans plus grande chance serait de redécouvrir pour partie le chartrier de Commequiers qui à ce jour a disparu baronnie de laquelle dépendait la majeure partie de la paroisse de Challans, la Morinière nous permettrait d'enfin connaître la teneur des aveux de Marie Chauvet puis de ses enfants et probablement de découvrir d'autres possessions et l'histoire de cette famille34.
Explorez les périodes suivantes de l'histoire familiale
1620-1720 : La Famille Angibaud de la Morinière à Beauvoir au XVIIe siècle
II.a Guillaume Angibaud II 1586-†01/1646-12/164735
Guillaume Angibaud II
Guillaume Angibaud fils est « escollier » dans les registres paroissiaux de Challans de 1600 à 1604 et dit non marié en 1609. Vers 1610 il se marie et s'installe à Beauvoir-sur-Mer (nous n'avons pu à ce jour identifier sa première femme), puis en 1614, Guillaume Angibaud paroissien de Beauvoir-sur-Mer épouse en secondes noces Marguerite Tardiveau fille de feu maître Louis Tardiveau vivant chirurgien et de Jehanne Haygron sa veuve36. Guillaume Angibaud père et Louis Tardiveau, le père de Marguerite, se connaissaient déjà, puisque Louis Tardiveau fut le parrain d'un des enfants de Guillaume37.
Il existe une grande énigme au sujet de Guillaume Angibaud, car il est complètement absent des registres paroissiaux de Beauvoir-sur-Mer bien que ceux-ci existent de 1626 à sa mort, près de 20 années durant lesquelles sa signature n'y apparaît jamais. Il est tout de même rare pour un bourgeois de n'être jamais parrain lors de baptême, ce qui laisse penser qu'il fréquentait peut-être une autre paroisse pour assister au culte (son petit-fils Julien Angibaud le fera). Dans les paroisses limitrophes sa signature n'a été retrouvée ni à Saint-Gervais ni à Bouin ; il n'est pas impossible qu'il y assiste à Saint-Urbain où Guillaume Angibaud possédait des terres : un certain Honoré Angibaud, probable parent, frère, cousin ou neveu, était prêtre en 1636 et recteur de Saint-Urbain en 164538.
Guillaume Angibaud est nommé comme marchand, parfois maître, demeurant au bourg de Beauvoir-sur-Mer en 1645-1646. Il rend aveu en 1646 pour un emposture d'estal situé au grand rang des halles de Beauvoir-sur-Mer. Sa petite-fille Françoise Angibaud, femme de Louis Dorion, en héritera (aveu 1693)39. Il rend aveu en 1645 au fief Champeau de Saint-Urbain pour environ 5,5 journaux de terre et une maison bâtie sur la terre nommée l'alleu Moreau, celle-ci ayant été achetée après 1630 et appartenant alors à Jean Herry ? à cause de sa femme Suzanne Gourin : Françoise Angibaud héritera de 4,5 journaux comportant la maison bâtie et Angibaud de la Morinière le grand journal (aveu 1693)40.
Les Enfants de Guillaume Angibaud II et Marguerite Tardiveau
- Guillaume Angibaud — Écolier qui signe comme parrain en 1631 (seule mention de ce fils trouvée dans les archives)41.
- Julien Angibaud — Nommé en 1647 comme fils et principal héritier, qui reprit le titre de sieur de la Morinière après la mort de son père, aussi nommé sieur du Porcheron de 1648 à 166842.
II.b Julien Angibaud v. 1620 – av. juin 1692
Sieur du Porcheron de 1648 à 1668, cette terre est un marais à Beauvoir-sur-Mer, dont héritera Cormier sieur de la Caillotrie (tenue du Porcheron, 1734)43. Puis il fait l'achat de la tenue du Marais Buor et du Moulin Garnie ou Garnier : la première mention connue de ce marais date de 1532 lorsque Gilles Thomasset écuyer seigneur de La Trévillière rend hommage pour le marais buor à cause de sa femme Catherine D ? pour 360 ayres de marais sallant et 88 ayres appelé le marais du moulin garny.
Puis, en 1560 Jehan Dupuy rend aveu pour « 360 ayres de marais sallant avec ses appartenance au fief de la malchaussée et 88 ayres de marais appelé le moulin garnier ? ». En 1602 Gilles Dupuy fils et héritier de Jean Dupuy sénéchal de Falleron « trois cent soixante aires de marais sallans au fief de la malchaussé à Beauvoir, une part de la charrau qui conduit de beauvoir à la malchaussé, d'autre à la chaussé qui conduit du marais buor au port de beauvoir, tenant d'autre au marais du breuil et de la guillonière charraud entre eux, et 88 aires de marais sallans appelé le marais du moulin garnier une part de la charrau qui conduit de beauvoir à la malchaussé, d'autre au marais du seigneur des Bouchauds ? et au marais Davy ». Puis idem en 1617 et 1645 François Dupuy rend aveu de « trois cents ayres de marais sallans nommé le marais buor et 88 aires de marais salans appelé le marais du moulin garnier ». Enfin, en 1648, 400 aires de marais sallans en 4 sallines et 8 journaux environs, aveu rendu par Claude Buffard de l'île Jouhan44.
Finalement, l'achat du marais est fait par Julien Angibaud sieur de la Morinière et Marguerite Cousturier sa femme, mouvant noblement à foy hommage et rachat, fait par contrat le 21/12/1663 pour la somme de 5000 livres devant Viaud et Jacquin notaires, établi à Beauvoir, de Jean Raimbault et Elisabeth Remigeaud sa femme. En 1665 Julien Angibaud et sa femme sont condamnés pour cette vente à payer la somme de 400 livres pour cet achat, au seigneur de la Garnache, sous prétexte qu'une grande partie du marais appartenait à feu François Remigeaud premier mari de Marguerite Cousturier, cependant non commune de bien, ce qui vaut la condamnation45.
Le 26 juin 1692 Maistre François Angibaud, sieur de la Morinière demeurant en la paroisse de Bois-de-Cené, pour la tenue du Marais Buor consistant en maison, prés, terres labourables et marais sallant en rachat suite au décès de feu noble homme Julien Angibaud sieur de la Morinière et Marguerite Cousturier ses père et mère, puis en avril 1693 demeurant au bourg de Bois-de-Cené tient noblement tant pour lui que pour demoiselle Barbe Angibaud sa sœur, à savoir 400 ayres de marais salants et huit journaux de terres dans lequel a été bâti une maison couverte de tuile, grange, cayru, jardin et appartenance, tenant d'une part au marais appelé l'autardière du sieur Cormier de la Pajaudrie à cause de sa femme, probablement acheté après 1648 date à laquelle ce dernier appartenait encore au sieur de Vuzé46.
En 1732, puis aveu en 1733, Marie Dugast veuve de François Angibaud sieur de la Morinière rendra hommage « par serment la main touchée sur le livre censaire » pour le Marais Buor, comportant 440 ayres de marais environ, 8 journaux de prés et terres et une maison bastye couverte de tuille, grange cairuy et appartenance, comme tutrice de François Angibaud son fils mineur demeurant en la paroisse de Beauvoir-sur-Mer, le parsus (reste ou autre part) appartenant à Dolbeau sieur des Longeais comme tuteur de demoiselle Dolbeau sa fille et de feu Angibaud qui était fille et héritière dudit feu sieur de la Morinière47.
Le 1 août 1754, François Angibaud de la Morinière rend hommage à la Baronnie de la tenue noble de Marais Buord comme chemier [et non fermier comme sur l'inventaire des AD85], c'est-à-dire l'aîné ou chef de famille suivant le lignage ayant droit de chemerage : la prérogative pour rendre l'hommage des puînés (ou parageur) pour leur part de fief (acte notarié perdu)48. Le 12 juillet 1784, devant Mathurin Blain notaire de Saint-Urbain (acte notarié perdu), Louis Anne Cosson de Chaumery avocat et Marie Catherine Dolbeau des Longeais son épouse de la ville de Machecoul vendent à Jean Retureau marchand de Beauvoir pour 4360 livres leur part dans le Marais Buord, marais consistant en trois sallines : la grande saline, basse saline et la Bicroix, contenant 300 aires de marais sallans, vivres, vazais ?, maison et dépendance, 5 ou 6 quart de prés et seize boisselés de terre en plusieurs bossis49.
De Julien Angibaud, de ses 18 enfants de 4 mariages, seuls 8 semblent avoir survécu à l'enfance.
Avec Françoise Brisson (vers 1640, inhumée en l'église de Beauvoir-sur-Mer le 4 août 1643)
Elle est peut-être la fille de Hugues Brisson, marraine lors jeune fille à marier en 1631. Hugues Brisson est cité parmi les représentants de la paroisse en 1627. En 1568-1573 vivait Nicolas Brisson notaire de la Baronnie de Beauvoir, procureur général et fiscal des terres du fief et bois Cathus. En 1618-1630 vivait un Mr Étienne Brisson dit l'aîné, marchand drapier à Beauvoir-sur-Mer50.
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Françoise Angibaud 1641-1700 — En 1641, de Mr Julien Angibaud, le parrain fut Mr Pierre Mesnardeau apothicaire et la marraine fut Marie Baraud non mariée. L'acte est aussi signé par Mr Étienne Brisson, notaire fils et héritier d'Étienne Brisson cité plus haut. Mariée en juillet 1657 avec Louis Dorion, décédée en décembre 1700, à l'âge d'environ 60 ans, veuve de Louis Dorion et inhumée dans l'église de Beauvoir-sur-Mer5152.
- Louis Dorion — Baptisé le 14 juillet 1658, épouse le 5 avril 1701, même jour que le mariage de sa sœur Louise Duveau, fille de feu Michel Duveau et défunte Louise Vigneron de la paroisse de Sainte-Croix de Nantes. Il est alors sieur de la Florencière53.
- André — Né le 15/02/1660 et baptisé par nécessité au logis le même jour, puis huiles et cérémonie religieuse le 19/02/166054. En 1702 sieur de la Florencière demeurant en la demeure des Rallières paroisse de Bois-de-Cené, date de l'acensement à titre perpétuel des devoirs seigneuriaux et féodaux de la Forêt de la Garnache55. Marié avec Marie Bourriau, il semble avoir eu François Dorion sieur de la Forêt, mort le 12 novembre 1766 à sa terre des Rallières.
- Thérèse Dorion — De la paroisse de Bois-de-Cené, épouse à Beauvoir-sur-Mer le 5/04/1701 François Duveau sieur de la Brionnière, avocat au parlement, fils de Michel Duveau et Marie Dupont de la paroisse de Saint-Colombin diocèse de Nantes, en présence notamment de François Angibaud et Nicolas Cormier56.
- René François Dorion — Sieur de la Roulière de la paroisse de Bois-de-Cené, épouse Marguerite Duveau le 15/02/1706 à Beauvoir-sur-Mer en présence d'André Dorion sieur de la Florencière frère de l'épousé, François Duveau de la Brionnière frère de l'épouse, François Angibaud oncle, André Charles Mourain sieur de Monbail, Jacques Mourain sieur de Beauregard, Pierre Claude de la Touche écuyer seigneur de Pontabert, Joseph Barreteau sieur de la Barrelière, René Berthelot, Michel Duveau57.
Avec François Desnouilliers ou Denonuilliers († ap. janvier 1658)
Après août 1646, les registres de mariage sont absents entre octobre 1647 et 165358. Elle est vraisemblablement la fille de Jehan Desnouilliers (f. 1618-† 1634), sieur des Plantes, maître apothicaire, receveur de la ministrerie des Trinitaires de Beauvoir-sur-Mer, et de Judith Corcaud (f. 1627-), dont elle hérita de la maison de la Faquetterie avec sa sœur Perrine Desnouilliers (c. 1617-1645). Elle était aussi probablement la sœur de frère François Denonuilliers, religieux de l'ordre de la Trinité, d'abord procureur du couvent Sainte-Catherine de Beauvoir-sur-Mer, puis prieur de Cadoudal (1658-1671 ?), prieuré de Saint-Julien de Cadoudal, Plumelec, Morbihan59.
- Marie — 1647-1648 ?, décédée le 29 juin 1678 à l'âge d'environ 30 ans60.
- Julien Angibaud — En 1649, le parrain a été honorable homme Jean Brunon et la marraine dame Marguerite Tardiveau veuve d'honorable Guillaume Angibaud. Inhumé dans l'église de Beauvoir en juillet 169961.
- Françoise Angibaud — En 1653, fille de Julien Angibaud sieur du Porcheron, le parrain a été noble homme René Tardiveau avocat au parlement ? des baronnies de la Garnache et Beauvoir et la marraine dame Catherine Coquenlorge veuve de Patrice Denonvilliers62.
- Jean 1656-1682 — Le parrain a été honorable homme Jean Guérin sieur de la Cahouette et la marraine dame Marie Guillaud veuve de feu Jean Viaud sieur des Baraillières63. Jean fut clerc à Luçon en 1678, il assiste à une abjuration de la foi protestante, dite religion prétendue réformée ; il est sous-diacre en 1681 et assiste à la sépulture de Jean de Gabory sieur de la Thibaudière, puis diacre demeurant dans le séminaire de Luçon, il est enterré dans le petit cimetière de Luçon le 26 juin 168264.
Avec Marguerite Cousturier († ap. janvier 1667), en 1662
Elle était la fille de Charles Cousturier et de Barbe Mourain, sœur de Suzanne Cousturier et veuve en premières noces de François Remigeaud65.
- Pierre — En 1662, le parrain a été Mr Pierre Mourain conseiller de Ruy contrôleur général des rentes de la ville de Paris, et la marraine Françoise Angibaud laquelle a déclaré ne savoir signer66.
- Barbe, Marguerite et Marie Anne — En 1664, le parrain de Barbe Marguerite a été honorable homme Jean Brunon et la marraine Marie Neau ; Marie Anne : le parrain André Coujau sieur des Bégaudières et la marraine Marie Carré ?67. Marie Anne décédée à l'âge d'environ 24 ans, non mariée et inhumée en juillet 1698. Barbe décédée en 1704 à l'âge de 40 ans6869.
- François — En 1667, le parrain a été hh Michel Duveau maître apothicaire, et la marraine Louise Gaborit70. Décédé après 1716 mais visiblement avant 1723 puisque Marie Dugast sa femme semble s'installer à Beauvoir-sur-Mer après la mort de son mari et aucune trace de François Angibaud n'est à relever dans les registres paroissiaux. Malheureusement il n'existe pas de registres paroissiaux pour Bois-de-Cené à cette période et ceux de Beauvoir-sur-Mer sont lacunaires entre 1715-1723.
Avec Charlotte Pelletier (c. 1640-1685), en 1671
Inhumée dans l'église paroissiale de Beauvoir-sur-Mer en mars 1685 à l'âge d'environ 45 ans71.
- Françoise — En 1672, le parrain Philippe Thomasset écuyer sieur du Pin et la marraine dame Françoise Gascher72. Probablement elle qui épousera à Sallertaine le 26 février 1691 Nicolas Cormier sieur de la Pajaudrie, le même jour que Claude François de la Forêt écuyer seigneur de la Tomazerie et Marie Cormier dame de la Cartée, en présence de ses frères Julien et François Angibaud, Gabriel de la Forest, David Tinguy seigneur, René Girard sr de Gargoulé, Guy Durand écuyer sieur de Bellefond ; le lendemain 27 février tout le monde assiste au baptême de François Tinguy fils de David Tinguy seigneur de Soullette et de dame Marguerite Cormier73.
II.c Julien Angibaud 1649-† 1699
Le parrain a été honorable homme Jean Brunon et la marraine dame Marguerite Tardiveau veuve d'honorable Guillaume Angibaud. Inhumé dans l'église de Beauvoir en juillet 1699. Nommé maître apothicaire lors de son mariage, il épouse dans la paroisse de la Trinité de Machecoul le 7 janvier 1672 Charlotte Plouin, fille d'honorable homme Jacques Plouin (c. 1623-1668)74. Des 14-15 enfants de Julien Angibaud nous ne retrouvons la trace que de deux à l'âge adulte75.
Jeanne Angibaud c. 1676-† 1711
Vers 1676 Jeanne Angibaud épouse ; inhumée le 11/01/1711 à Luçon à l'âge de 35 ans en présence de son mari monsieur de la Chambretières et de Jean Deforge76. Née vers 1676, probablement baptisée à Saint-Gervais, elle épouse avant 1708 Étienne Landriau sieur des Chambretières. En 1708 nommée dans un aveu comme femme non commune de bien d'Étienne Landriau sieur des Chambretières, elle hérite de la maison de son père77. Étienne était le fils et principal héritier de Thomas Landriau de Luçon et de Thérèse Péraudeau de Beauvoir-sur-Mer, elle-même fille de Nicolas Péraudeau sieur de la Davière et de Jeanne Le Breton. Jeanne Lebreton s'étant remariée avec Claude Sébastien de Villieu, écuyer et seigneur de Dauville, militaire en Nouvelle-France, lui-même fils d'un militaire et valet de chambre de Madame de Savoie anobli, ce qui en fait le cousin de Claude-Sébastien de Villieu, qui fut gouverneur par intérim de l'Acadie en 1700-1701.
Yves Le Quellec estime la fortune de Thomas Landriau en 1690-1691, lors d'un procès face à la famille de Sallo, engendre une saisie révélant plus de 17000 livres de dettes : « On ne peut qu'être frappé par l'ampleur de cette saisie : 582 articles situés en 6 paroisses différentes. »78
- Julienne Angibaud — En 1689, fille de Julien sieur de la Morinière et Charlotte « Beloin », baptisée le 20/06/1689, le parrain fut Mr François Angibaud sieur de la Morinière et la marraine demoiselle Barbe Marguerite Angibaud79. Il est important de noter que de nombreuses généalogies confondent Nicolas Cormier père et fils. Nicolas Cormier et Françoise Angibaud, de sa seconde épouse également prénommée Nicolas Cormier, qui épousa Julienne Angibaud probablement avant 1720, comme un mémoire de 1723 le confirme. Un mémoire judiciaire rédigé pour Nicolas Cormier, sieur de la Pajaudrie, et Nicolas Cormier, sieur de la Caillotterie, ainsi que son épouse Julienne Angibaud, confirme précisément que Julienne Angibaud était la belle-fille de Nicolas Cormier père. La famille Cormier, bien établie dans la région, réalisa de beaux mariages avec des familles influentes comme les Robert, de la Forêt et de la Touche-Limouzinière. Elle épousa en secondes noces Messire Pierre-Claude de la Touche Limousinière, chevalier seigneur de Mauny, sans postérité.
III.a François Angibaud 1667-1730 ? sieur de la Morinière
Il est contrôleur des actes, avec une rétribution de 4 sols la livre, c'est-à-dire pour salaire un cinquième de tous les droits de contrôle des actes. En 1707, greffier des insinuations, mais surtout dispose des privilèges des agents de la ferme.
- Le 1/10/1693 fut baptisée Françoise Catherine Angibaud80.
- Le 2/08/1698 fut baptisé François Nicolas, fils de François Angibaud et Catherine Garnier81.
- Le 7/7/1699 baptême de Marie-Renée Angibaud, fille de François Angibaud et Catherine Garnier82. Décédée avant 04/173283. Elle épousa avant 1721 Louis Léon Dolbeau des Longès (ou des Longeais), avocat en parlement, d'où Marie Catherine Dolbeau des Longès qui épousera avant 1747 Louis Anne Cosson de Chaumery, avocat en parlement, d'où descendance à Machecoul84.
Puis en secondes noces épousa le 14 mai 1714 Marie Dugast, inhumée le 18/05/1751, supérieure de la confrérie de la charité en cette paroisse, décédée à l'âge de 63 ans ou environ, enterrée dans l'église de ce lieu85 :
- Le 10/2/1715 baptême de François Angibaud86.
- Le 20/12/1716 baptême de Louise Marie Marguerite87.
François Angibaud (1715-1771) sieur de la Morinière, fils de feu François Angibaud sieur de la Morinière et de défunte dame Marie Dugast, fut marié le 14 février 1752 avec Jeanne Marguerite Maublanc (née en 1724)88, fille majeure de noble homme Guillaume Maublanc sieur de Bellevie et défunte dame Anne le Breton, en présence notamment de Jacques Dugast sieur des Nonneries avocat et sénéchal de Bouin, oncles des époux, de Guillaume Maublanc sieur de Bellevie père de l'épouse, de Guillaume et Jacques Maublanc ses frères, de Louis-Aymé le Breton des Grapillères son beau-frère à cause de dame Anne-Françoise Maublanc son épouse sœur de l'épouse, de Louis-Anne Cosson de Chauméry avocat neveu de l'époux à cause de dame Marie Catherine Dolbeau son épouse en l'estoc paternel, de Messire Pierre-Claude de la Touche Limousinière, chevalier seigneur de Mauny, cousin germain dudit époux à cause de dame Julienne Angibaud son épouse89.
En cours d'écriture
La suite de cette période et les générations suivantes font l'objet d'un travail de compilation en cours.
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